Notre Algérie et la France par le Dr. G. PELISSIER

06 mars 2014

NOTRE ALGÉRIE ET LA FRANCE PAR LE DR. G. PELISSIER

     NOTRE ALGÉRIE ET LA

    FRANCE

 

     Amitiés arabo-françaises

       Le Coran

        L’Islam algérien

        La guerre d’Algérie

     Les mensonges gaulliens

      Et les causes de notre exode

 

 

    Docteur Georges Pélissier

    Hiver 2014

 

    

 

           L’Algérie heureuse.

 

      Mon épouse est née à Malakoff, bourgade à 15 kilomètres d’Orléansville. Elle se souvient des jours heureux passés avec les arabes. Elle parlait, toute jeune, autant la langue scolaire des indigènes que le français, auprès de 20 petits musulmans.

      Ils dormaient, par ces nuits si chaudes d’été, 35 degrés à l’ombre, sur des matelas devant la maison. Ils laissaient les bicyclettes dehors et jamais aucune ne fut volée.

    Sa grand-mère, que j’ai connue, couchée à 8 heures pour se lever à 5 heures, travaillait beaucoup. Elle recevait chaque jour le gros pain blanc de l’unique boulanger arabe. Chaque jour elle l’échangeait avec les voisines arabes, contre la galette, cuite sous terre. Combien de fois reçut-elle de la chorba et des pâtisseries indigènes.

    Elle parlait aussi bien leur langue, comme son mari, le grand père toujours vêtu de blanc, Adjoint spécial de la région pendant 30 ans. Il n’y avait pas alors de Maire dans les Communes mixtes.

    Il s’asseyait sur le sol, auprès de ces hommes en gandoura, discutant et écrivant l’arabe parlé, jouant avec eux aux dominos. Les obsèques de Charles Roy attirèrent une foule immense d’arabes, accourus de toutes les montagnes voisines.

    Marié en 1898, Charles Roy, né à la ferme de Malakoff et sa femme aux Issers, eurent six enfants, dont deux garçons au visage buriné, noirci par le soleil malgré le casque colonial, travaillant les terres sans arrêt, labourant, semant ramassant le blé, le coton, les oranges.

    Leurs chasses, de deux à trois jours, à la perdrix, aux lièvres, aux faisans, aux bécasses, dormant chez les indigènes, finissaient en partie dans les lourdes jarres d’Yvonne Delboë, demeurant avec son mari à Guyotville, mère et père de mon épouse

    Pour moi, tout jeune, je me souviens de ces étés passés à Orléansville, chez mon oncle électricien et ma tante Javel, dans un bel appartement, mais sous une chaleur extrême.

      A nos sorties avec Khaled, leur borgne et jeune commis, que je tenais par la main, nous nous promenions au square de la ville, rempli d’arabes syphilitiques, blottis dans leur gandoura. 

      J’ai passé ma jeunesse à Guyotville, 15 kilomètres à l’ouest d’Alger, avec ceux qui y vivaient, commerçants, paysans du plateau aux terrains de 5 hectares, avec leurs ouvriers arabes ou kabyles.

     Larbi, le beau visage grêlé par une variole ancienne, cultivait la terre de mon grand-père. Il m’apprenait à irriguer, à découper les figues de Barbarie sans me piquer, à remplir le grand bassin d’eau de la noria, à couper les vignes. Me transportant du plateau au village, il freinait le char à bancs, serrant le frein, véhicule allant  trop vite dans la descente.

    Nous n’étions pas riches mais heureux dans ce village qui n’existait pas, lors de notre débarquement en 1830.

   Mon grand-père connaissait l’arabe parlé, appris avec le professeur agrégé Soualah Mohammed, très connu. Ses cours d’Arabe, pendant deux mois d’été, me permirent d’éviter la classe de sixième au grand Lycée Bugeaud d’Alger.

      Le gros et imberbe professeur B. Tedjini  y fut mon maître, au fort accent. Ayant d’abord été à Casablanca, il a écrit plusieurs livres d’arabe. Venant plus tard au Lycée d’Alger, il rédigea « Autour de la meïda » contes marocains, intitulés « Louise et Justin » de Chersoux. 

   Charlette et moi avons connus, pendant trois étés, mes remplacements de chirurgie à la clinique Mirgon de Tiaret et à l’Hôpital, dans le bled oranais. Le départ était pénible dans la Renault 4 chevaux, écrasés par la chaleur du soleil. Le voyage dans les gorges montagneuses et boisées, croisait les villages et hameaux arabes. Nous sommes même allés à Aflou, près du Sahara, sur une longue route brûlante en ligne droite, croisant brusquement des arabes semblant sortir des champs déserts, venus de nulle part, et toujours sans difficulté.

   Les médecins français, connus et aimés des indigènes, soignant au loin, Médecins de Colonisation, allant sur place dans le Bled, adressant les futurs opérés gratuitement à l’Hôpital Civil de Mustapha. Combien de fois les ai-je opérés, leur index droit levé, signe de soumission à Dieu. Tous étaient reconnaissants, même les femmes prudes à l’excès, difficiles à examiner avant les soins.

     Nous avions créé de toute pièce les trois départements français, en agriculture, habitations, routes, chemins de fer, dans cette Algérie devenue économique, scientifique, politique. Cette nation était inexistante, dépourvue de spiritualité, d’une ignorance grossière, aux superstitions et dévotions étonnantes, avant 1830 !

    Son Assemblée algérienne, européens et indigènes à égalité, a été établie en 1952 par le Gouverneur général Roger Léonard et Raymond Laquière, né à Alger, fut élu la première année, Abderrahmane Farés lui succédant en 1953, favorisant l’union entre européens et musulmans.

    Nous étions heureux, même après les évènements de Sétif, Albert Camus disant que cette date était un signal d’alerte du mouvement anti-Français.

 

           L’Algérie inquiète.

 

     Jacques Perret, en introduction d’articles sur l’Algérie en 1947, journal La Bataille, écrivait :

    « Un Français tant soit peu attaché à sa qualité de français ne peut se permettre aujourd’hui de parcourir l’Algérie comme un touriste au cœur léger. Quelle que soit son insouciance politique, il lui faudra subir un climat saturé d’inquiétude. Naguère, de Bône à Tlemcen, dans les blés, dans les vignes ou les vergers, devant l’école, l’Église ou le dispensaire, devant les ouvrages d’art, les palais, nous n’avions que le fier souci de dresser l’inventaire, sans imaginer que les maladresses accumulées des politiciens dogmatiques puissent un jour menacer jusqu’aux fondations de l’incomparable édifice.

    Je ne crois pas que ce jour soit encore venu, Dieu merci, malgré les coups qu’on lui porte plus ou moins délibérément. Il reste encore en Algérie assez de vrais Français décidés à défendre jusqu’au dernier lopin, au dernier cep, à la dernière brique, l’œuvre de leur père.

     Mais il est temps de s’adresser aux Français de France, abusés par une propagande abjecte et systématique où les coloniaux sont traînés dans la boue, pour mieux honorer le Viet-Minh et les émeutiers de Sétif.

   Il s’agit de savoir si, pour satisfaire à des dogmes ambigus, nous allons ruiner un chef-d’œuvre presque accompli, perdre un trésor péniblement constitué par un siècle de patience et de labeur français, si nous allons tout bonnement renoncer à cette province que nous créâmes de toutes pièces et la sacrifier au triomphe de principes fumeux.

    Et pour assouvir la passion des doctrinaires, allons  rendre la Mitidja à ses marais, le bétail à ses maladies, Alger à ses janissaires, les Arabes à leur inertie, l’Algérie enfin au néant dont nous l’avons tirée.

     Ou bien, sous les ricanements de l‘étranger à l’affût, allons-nous émanciper un peuple encore débile sur qui tomberait un joug digne de ce nom, bien lourd et bien massif ? »

Philippe Tripier a fait un tableau de cette admirable et complexe réalité de l’Algérie française :

    « Le mélange intime des deux communautés est un fait qui s’impose à l’observateur le plus prévenu, avec non moins d’évidence que la présence française.

     Le détail des mœurs quotidiennes fait apparaitre la permanence des contacts et l’imbrication de la vie pratique. Qu’il s’agisse du patron et de son employé, de la ménagère et de son fournisseur, de l’agriculteur avec ses ouvriers, du préposé à un guichet avec la clientèle, des passants dans la rue, des usagers de l’autobus, les rapports de tous les jours sont empreints de cordialité et de bonhomie, avec ni plus ni moins de naturel qu’entre Français de la Métropole.

    Que cette alliance de civilisations et cet alliage de populations sous l’unique souveraineté française, aillent en tant que tels, sans difficultés majeures, c’est là, à la veille de l’insurrection, la réussite de l’Algérie et de son originalité foncière ».

    L’Algérie d’alors paraissait plus une province française qu’une colonie, une province de peuplement d’origine française, espagnole, italienne, maltaise ou allemande, formant un nouveau peuple, auquel le sang versé façonnait une âme commune. La Mitidja, plaine marécageuse des environs d’Alger faisait leur fierté, vitrine de l’œuvre française en Algérie, dont les colons pressentant sa fertilité s’acharnèrent au prix de combien de morts, chassant les fièvres répétées du paludisme, la défrichant, la mettant en culture, vaste plaine de 500 000 hectares, qu’on admirait tant dans les années 1950.

     Son revenu national par habitant était double de celui de l’Égypte, considérée comme le pays d’Afrique le plus développé. Le nombre des lits d’hôpitaux, aux soins le plus souvent gratuits, y était trois fois plus élevé, avec des médecins de colonisation soignant dans le bled, une mortalité infantile moitié moindre. La Faculté de Médecine était la deuxième de France.

     Nous comptions, écrit le Professeur Goinard, 25 000 kilomètres de routes et 5 000 kilomètres de voies ferrées quadrillaient l’Algérie. L’agriculture inondait dix millions d’hectares.

     Des ville étaient créées ou s’agrandissaient, alors que de nouveaux villages fourmillaient. De grands travaux de barrages, sur onze dépressions, irriguaient 140 000 hectares.

     Alger était le second port français. Le pétrole et le gaz que nous avons découverts au Sahara, à Hassi-Messaoud, démontraient l’économie et la stratégie de la France.

   En 1950, elle est l’habitation de 800 000 catholiques ; avec 600 Églises et oratoires, 340 paroisses, 800 prêtres dont deux tiers de séculiers, 22 Congrégations implantées en trois diocèses d’Alger, Oran, et Constantine.

    Ces saints prêtres, ces religieux, ces religieuses, œuvraient à leur apostolat depuis 120 ans, grâce au zèle de Monseigneur Dupuch et de son Pape Grégoire XVI, à l’ardeur de l’Archevêque Leynaud, secrétaire du Cardinal Lavigerie, remarqué par Saint Pie X et nommé par Benoit XV le 24 décembre 1916, trois semaines après l’assassinat du Père de Foucauld.

   La catholicité d’Algérie, dans sa majorité, était attachée à la religion traditionnelle. Monseigneur Leynaud décédé le 4 aout 1953, était persuadé que  l’Église et la présence française étaient indissociables, n’attaquant pas de front le laïcisme républicain, entendant vaincre sur le terrain, en Algérie. Il disait à Hippone en juillet 1945 : « C’est vers toi que je me tourne maintenant, ô France, ô patrie tant aimée. Montre-toi digne de ta sublime vocation et n’abandonne pas à d’autres la place d’honneur qui t’a été assignée en Afrique. Et vous, ô Saint Augustin, voyez le très grand danger que court votre chère patrie, devenue la nôtre. Ne permettez pas, nous vous en conjurons, qu’elle retombe dans la barbarie d’où l’a tirée le bras puissant de la France chrétienne ».

     Hélas, Perret, Tripier, tant d’autres dont je faisais partie, se trompaient. La guerre menée par les musulmans n’était pas une guerre politique, mais une guerre religieuse, depuis notre conquête, attendant le moment propice pour chasser les Français par la guerre sainte du Coran, le Djihad.

  Dans sa déclaration du 5 juillet 1830, le Général Comte de Bourmont avait stipulé que « l’exercice de la religion musulmane restera libre », pensant faire comprendre aux arabes et aux berbères que la loyauté les délivrait du joug tyrannique des Turcs. Or chasser d’Algérie les Turcs, croyants musulmans, pour mettre à leur place une Nation infidèle, ne remplissait pas les désirs des Arabes. Puisqu’il était réservé à la France de réhabiliter la nation et les armes chrétiennes, pourquoi ne pas consacrer la victoire du christianisme, sans conversion brutale par le yatagan, mais en encourageant le catholicisme ?

    Or on a fait le contraire, entourant le Clergé d’indifférence et de mépris en humiliant la Croix devant le croissant, en créant et entretenant des mosquées, des marabouts, en respectant la mentalité musulmane.

    L’islamisme algérien n’est pas vaincu, attend  avec impatience l’heure d’Allah pour prendre son indépendance.

    Si politiquement et économiquement la France laïque dirigeait le Maghreb, L’Islam était resté maître du Maghreb pendant les 130 ans de notre présence non chrétienne.

    Notre premier Évêque, Monseigneur Antoine Dupuch, nommé par le Roi, a dû abandonner sa magnifique carrière de création du catholicisme en Algérie. Bugeaud voulait que l’Évêque soit purement et simplement assimilé à un fonctionnaire de la Direction civile. Les bureaux militaires et civils ne reconnaissaient pas que l’Évêque doit l’Évangile à ceux qui la réclament, sans violenter la conscience d’aucun musulman.

   Louis Veuillot, secrétaire de Bugeaud, qui débarque en 1841 écrit : « nous avons cru en France que la religion catholique était entourée d’honneurs par les Français, qu’on aidait cet Évêque, qu’on lui rendait sa mission facile. C’est tout le contraire. Si l’Évêque a été accueilli par les indigènes avec une véritable tendresse, Abd-el-kader et ses califats lui ont donné des témoignages de respect Les employés français ont eu peur de sa mission » ;

      L’abbé Suchet, premier curé de Constantine, exprimait le même avis.

    Aussi le Père de  Foucauld pouvait écrire le 16 juillet 1916 à René Bazin, véritable prophète avant son assassinat, ce solennel avertissement :

    « Ma pensée est que si petit à petit, doucement, les musulmans de notre Empire colonial ne se convertissent pas, il se produira un mouvement analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les villes, instruite à la française, sans avoir le cœur ni l’esprit français, élite qui aura perdu toute la foi islamique, mais qui en gardera l’étiquette pour pouvoir, par elle, influencer les masses ; d’autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu’elle a avec les français, qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle.

     Le sentiment national ou barbaresque s’exaltera dans l’élite instruite : quand elle en trouvera l’occasion, par exemple lors des difficultés de la France au-dedans ou au dehors, elle se servira de l’islam comme d’un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman, indépendant.

    L’empire nord-ouest africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, a 30 millions d’habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans 50 ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d’habitants rompus au maniement de nos armes, dont l’élite aura reçu l’instruction dans nos écoles. Si nous n’avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu’ils deviennent Français est qu’ils deviennent chrétiens. Il ne s’agit pas de les convertir en un jour, ni par la force, mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout des laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.

     Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement oui. D’une manière générale non.

    Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent ; avec certains, il y a des accommodements ; avec l’un, celui du « Medhi » il n’y en a pas : tout musulman ( je ne parle pas des libre penseurs qui ont perdu la foi), croit qu’à l’approche du jugement dernier, le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte et établira l’islam pour toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui, musulman,  ou  ses descendants ; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère ; sa foi l’assure qu’il en sortira et il triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve ; « l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et casse ses ailes ; s’il se tient tranquille, il se trouvera intact le jour de la libération », disent-t-ils. Ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu’aux Allemands, parce qu’ils savent les premiers être plus doux ; ils sont attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par un sentiment d’honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles.

     Mais d’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront pas français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Medhi, en lequel ils soumettront la France.

      De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d’un peuple étranger qu’on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d’apostasie, un renoncement à la foi du Medhi ».

   Les événements de Sétif, le 8 mai 1945, marquent le commencement de l’insurrection musulmane.

      La mobilisation d’une part en 1939,  l’épuration massive, inquiétante du régime du    Maréchal Pétain, Maréchal à qui étaient attachés tous les musulmans, ont privé la colonie de nombreux cadres actifs, dit le Bachaga Boualem. 

      La sécheresse importante provoque une grave disette.

    L’annonce, à la mi-avril 1945, de l’ouverture à San Francisco où allait être créé l’ONU, se répand parmi les indigènes ; et le bruit court que l’ONU leur donnera l’indépendance.

     Les colons de Constantine étaient très inquiets et six Conseillers généraux en avertissent le Préfet. Celui-ci n’en tient pas compte et le premier mai est une sorte de répétition générale où l’on voit se déployer, dans le Constantinois, drapeaux et banderoles séditieuses, heurts avec la police à Bône et à Alger, suivies d’arrestations en masse.

   Le 8 mai le drame éclate, lors de la célébration de la victoire des alliés. À Sétif, fief constantinois de Ferhat Abbas, l’autorisation est donnée aux indigènes de défiler à part. Mais en tête du cortège deux cents scouts musulmans entonnent des chants indépendantistes et des pancartes s’élèvent pour demander la libération de Messali Hadj, avec le brandissement de l’étendard vert du Prophète.

     Des coups de feu partent et les policiers ripostent. La foule aux cris de Djihad avec les you-yous des fatmas, massacre, pille, viole tous les européens qu’ils rencontrent, 103 cadavres horriblement mutilés, 150 blessés graves, dont deux administrateurs de Commune mixte et l’aumônier militaire de Sétif. « À mort Roumi » fut crié et l’index droit soulevé en soumission à Allah, pendant cette boucherie.

      L’ordre est rétabli par l’armée du général Duval vers midi.

     Mais les maisons européennes sont incendiées à Sillègue, aux Amouchas, à El Ouricia, à Aïn-Abessa, aux Rihras, à La Fayette, Périgotville, Chevreul, Kerrata et le 9 mai la ville de Guelma : ce sont les mêmes scènes d’horreur. Plus de 130 Français massacrés, hommes, femmes et enfants.

    Au soir du 12 mai l’insurrection est jugulée par des mitrailleuses lourdes, les avions de bombardement, la marine.

    L’insurrection de Sétif entraîne le soulèvement des Français de l’est de l’Algérie et 1300 indigènes sont tués, l’armée n’en revendiquant que 600.

      Tels sont les faits de la répression civile soulevée, les vengeances lourdes des Européens.

     Les conclusions du rapport Tubert définissent ce soulèvement ainsi : « La Commission a le droit de conclure que le mouvement avait un caractère insurrectionnel politique et fanatique ».

    Le sous-préfet André Achiary, connaissant mon beau-père et le Professeur de pharmacie Fourment, époux d’une sœur de la mère de Charlette, est responsable, en partie, de ce massacre des indigènes.  Venu à Guyotville avec le sourire et hautain il ne m’a pas plu. Ancien résistant, de Gaulle, à Paris, a bloqué l’enquête sur ce drame, ainsi que tous les partis politiques, communistes et hommes de droite.

     En mars 1946 Ferhat Abbas et ses lieutenants sont libérés. Messali Hadj l’est un peu plus tard. Ils fondent en octobre 1946 le MTLD. Cette organisation secrète donne naissance au FLN, « front de libération nationale ».

     La trêve qui a suivi fut employée à préparer l’insurrection FLN du 1er novembre. Albert Camus écrivait que l’impitoyable répression du Constantinois  accentuait le mouvement anti-français : la belle Algérie n’était plus.

 

           Le Coran

 

     Mohammed, fils de Abdallah, est le fondateur de l’Islam, c'est-à-dire soumission, abandon à Dieu.

    Né le 29 avril 570 après Jésus-Christ, orphelin de père puis de mère, élevé au milieu des nomades, il fut recueilli par son grand-père puis par son oncle paternel, l’élevant avec son fils Ali. Il acquit, dit la Sîra, des idées de la Bible et des Évangiles. Doué d’une rare intelligence il épouse à 25 ans une riche veuve, Khadîdja ben Khoûiled.

      Méditant jusqu’à 40 ans au mont Hira, il dit au chapitre 96 du Coran sa première révélation par l’archange Gabriel et devient persuadé d’être le Prophète d’Allah.

    Il émigre à Médine et de cette émigration date l’Hégire, ère musulmane, 13 ans après la révélation de l’archange Gabriel.

    Le prophète, après plusieurs expéditions guerrières, meurt à Médine le 8 juin 623, sans successeur.

    Les divergences d’opinion amenèrent la formation de sept rites et sectes orthodoxes et dissidents. Aujourd’hui on peut dire  que 9/10èmes des musulmans sont Sunnites ou Chiites (Irak et Iran).

     Pour les Musulmans, le texte du Coran n’est pas l’œuvre personnelle créée par Mohammed, mais la traduction fidèle des paroles divines. Il est parfait et éternel, à l’image de Dieu. Sa transcription définitive dura 40 à 50 ans, comprenant 114 chapitres ou sourates, la première, El Fâtih’a, ne contenant que sept versets.

     Le Coran prêche la guerre sainte ou Djihad, et mourir dans la Djihad est l’espoir suprême du musulman. Les textes coraniques de guerre sainte, contre les non musulmans abondent, et Pierre Rondot, Raymond Charles sont formels.

     Le coran  admet l’esclavage et la polygamie.  La circoncision est un rite strictement observé, bien que non prescrite par le Coran. 

    La pratique du culte extérieur a cinq obligations, la profession de foi, la prière, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque (qui peut l’accomplir), l’aumône.

     La profession de foi atteste « qu’il n’existe pas d’autre divinité qu’Allah et que Mohammed est le prophète de Dieu ».

     Le recueil des traditions, sur 150 ans, ou hadiths forme une autorité sacrée de second rang et s’appelle la Sîra, vie du prophète.

    La prière est l’élément essentiel du culte musulman, annoncée à la mosquée par l’appel du muezzin. Elle est dite à l’aube, à midi, quand l’ombre d’une aiguille est deux fois plus longue que l’aiguille, au coucher du soleil, après la disparition du crépuscule. Elle est accompagnée de mouvements, les rekas.

     Il existe au total plus de deux milliards soit, 23 pour 100, de musulmans, dans la population mondiale.

    Deux livres ont été oubliés, délaissés, par les savants, celui du Père Lammens, Jésuite de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth en 1910 et du père Théry, Dominicain, en 1955.

     La Sîra, vie de Mohammed, est pure invention brodée sur la trame du Coran, et l’illusion dure, faux appareil critique de l’apparente candeur des garants de l’Islam, supercherie historique. C’est la géniale contribution du père Théry (dit Hanna Zakaris), d’avoir compris qu’il fallait commencer l’enquête du Coran à la Bible.           Mohammed dévolue la religion d’Abraham et d’Isaac, son fils de 13 ans à la circoncision,  donc la Genèse de la Bible (17, 10. 23-26), en transférant le choix d’Ismaël à Isaac, Ismaël, son frère, fils de la servante Agar.

     Cependant l’alliance avec Isaac est indubitable : Isaac, affirme Dieu, sans équivoque, selon la Bible, « mais mon alliance je l’établirai avec Isaac, que va t’enfanter Sara, l’an prochain à cette saison », Genèse 17, 21. Ainsi Moïse, Jésus, Marie, David… arrivent à faux, dans le Coran.

 

        L’Islam algérien

     Avant l’arrivée des musulmans, l’Algérie et la Tunisie comprenaient des Berbères romanisés et christianisés. L’Église d’Afrique était prospère et florissante. Saint-Augustin, père de l’Église latine, devint évêque d’Hippone en 396.

   La domination des Vandales, hérétiques et cruels devint funeste et Justinien 1er, leur vainqueur, rétablit le territoire de l’ancien Empire Romain, 300 Évêques étant rendus aux catholiques, vivant dans la paix.

    Mais en 647 les Arabes envahirent l’Afrique du Nord et ce fut l’exode des chrétiens. La domination des Arabes fut lente, 70 ans dit Bremond, les berbères abjurant dans la guerre, leur croyance, disent Ch. A. Julien et E. Gautier.

     À l’onzième siècle l’arabisation se précipite par l’invasion des Béni-Hillal, de Béni-Soleïm, vraie catastrophe, avec destruction des forêts et cultures, le pays ne se relevant jamais de ces tribus sauvages, avides de butin.

   En 1420, les Ottomans turcs arrivent avec Söleyman premier (le Magnifique) et 2000 janissaires. C’est la période, dit De Grammont, de la terreur en Méditerranée. Le chiffre de 35000 captifs chrétiens sera atteint dit Ch. A Julien.

     L’infiltration maraboutique est l’autre facteur de l’islamisation, avec les zaouïas, sièges des confréries, dont les cultes tiennent une place primordiale dans un Islam immobile (V. Trenga et Ch. A. Julien).

     Tel est cet immobilisme lors de notre conquête sur les Turcs, en 1830.         

   Les juifs, opprimés, minorité dégradante, maltraités, s’émancipent et choisissent d’être français au décret Crémieux du 24 octobre 1870. Les arabes ne bougent pas.

    En 1947, à la suite des propagandistes du MTLD de Messali Hadj, ils répandent dans les douars des rumeurs outrancières, portant sur la crédulité arabe. Léon Roches écrivait en 1837 : « Je m’aperçois que nos arabes, nos alliés, cachent sous une soumission apparente la haine héréditaire que les musulmans nourrissent contre les chrétiens ».

    Le mépris et la haine des musulmans, affichant une certaine soumission à mesure que la puissance française s’affirmera, reste vivace, d’où leur soumission dans leurs rapports,   cachant un mensonge, expression du mépris et d’une hautaine indifférence, juxtaposition, non fusion dit Jacques Soustelle.

     L’embarras des libéraux après la chute du Roi préfigure l’incohérence de sa politique laïque. Le premier grand adversaire fut Abd-el-Kader. En 1845, quand l’étoile d’Abd-el-Kader pâlissait, Bou-Maza, marocain illuminé de vingt ans, souleva les populations du Dahra, entre mer et Chélif, se rendant le 13 avril 1847 au colonel Saint Arnaud.

    En 1851, le marabout Bou-Baghla suscita une insurrection kabyle et en 1857, la Kabylie fut conquise. Le pays resta calme jusqu’en 1871, avec le soulèvement d’El-Mokrani, jusqu’à la Mitidja. L’Amiral de Gueydon vint au bout de cette insurrection 7 mois après.

     La guerre sainte fut encore proclamée en 1881, Bou-Amama s’emparant de Frenda, terminée en 1883.

     En novembre 1916, les Sennoussistes, fellaghas du temps, provoquèrent la mort du Père de Foucauld.

    Messali Hadj, resté en France après sa démobilisation en 1918, marchand de légumes est découvert par le communiste Jacques Doriot. Messali fit renaître de ses cendres son parti, créant « l’Etoile nord-Africaine », disant que la France « faisait suer le burnous », arrêté, relaxé.

    Son parti dissous, il crée en 1937 le PPA (parti populaire arabe). Condamné à 16 ans de travaux forcés, il est libéré par Giraud le 26 avril 1943 et il crée le MTLD  (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) puis le MNA ou Mouvement national arabe. Le MTLD contribue à la révolte de 1945. En 1954 il participe au début de la rébellion avec les Oulama.

     Ferhat Abbas développait son mouvement depuis 1931, écrivant le « Manifeste » le 12 février 1943, et éduqué par Robert Murphy, représentant de Roosevelt,  présentait son « Manifeste de la liberté », avec la formation d’un État algérien.

     Une association, celle des « Oulama d’Algérie » est fondée à Alger en 1931, dont la profession de foi ne prête à aucune équivoque ; «  L’Islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie ». Ils firent une vraie persécution aux musulmans devenus français, propageant le racisme, l’indépendance. Benbadis réussit le 7 juin 1936, un congrès des élus musulmans, des nationalistes de toute tendance, des messalistes et des communistes.

    La défaite de juin 1940 provoqua une immense surprise, le Général Noguès écrivant au Maréchal Pétain le 18 juin, que « les indigènes sont prêts à marcher tous, jusqu’au dernier homme ». L’armée d’Afrique fut maintenue sous l’impulsion mi secrète du général Weygand, envoyé sur place par le Maréchal, qui y jouissait d’un prestige incontesté auprès des grands chefs indigènes, dit le bachaga Boualem.

     Cette armée de Vichy se battait en Tunisie en 1943, mais après l’assassinat de l’amiral Darlan le 24 décembre 1942, la chasse aux « traitres vichystes », la lutte entre les pouvoirs giraudiste et gaulliste, offrit aux indigènes le triste spectacle de nos divisions, et les partis indépendantistes relevèrent la tête, de Ferhat Abbas aux Messalistes, aux Oulama.

     Le 1er novembre 1954, le processus de l’insurrection est engagé. En avril 1955  est diffusée une fetoua à la gloire des rebelles, par l’institut Benbadis. Le journal des Oulama appelle à la guerre sainte et fin 1956 demande le soutien total pour l’indépendance de l’Algérie dit P. Rondot.

     Le porte-parole de la Ligue des États arabes crée la station radiophonique en Égypte, la Voix des Arabes, déclarant que l’Algérie et l’Islam ont repris la lutte pour la liberté (Martin, F Fanon). La presse écrite rivalise avec la radio dans les journaux égyptiens et Nasser hébergea l’état-major du FLN. La Tunisie et le Maroc aidèrent la rébellion.

     Dès que les musulmans apprirent que de Gaulle abandonnait l’Algérie, la propagande du FLN l’emporta.

     Après la proclamation de l’indépendance, la haine du chrétien ou du juif se déchaîna et Oran fut martyre le 5 juillet 1962. Les pilages des églises avec clochers démolis, tabernacles fracturés, cimetières dévastés, synagogues incendiées, monuments aux morts détruits sont légion, sauf les fermes et maisons occupés.

      Douze prêtres de 1954 à 1962 furent assassinés et Mgr Gaston Jacquier tué.

     Le premier anniversaire de la « Révolution » fut souligné dans La Croix, journal catholique, sans l’ombre d’une émotion, le 4 novembre 1962. Le 28 juillet 1962 le Cardinal Duval ne put s’empêcher d’avouer sa stupeur.

    La constitution du 8 septembre 1963, promulguée par Benbella, y décrète l’Islam comme religion d’État.

      La guerre d’Algérie ne fut pas dissemblable des autres mouvements d’insurrection où la lutte pour l’indépendance et  l’anticolonialisme ont été le prétexte pour cacher cette guerre religieuse.

 

 

           La guerre d’Algérie

 

     Cette guerre a tué 30 000 Français, 500 000 musulmans, peut-être plus, après les évènements de Sétif en 1954. Cette guerre religieuse islamique a tué aussi la quatrième République, les ministres ne sachant que faire des Français d’Algérie.

     La métropole ne connaissait pas  ces Français du Sud et de l’Alsace, de Corse, ces Italiens, ces Espagnols, ces Maltais, ces indigènes, ces kabyles venus se battre et mourir pour elle, en 1914-18 et 1940-45.

     C’était une race à part, la race pied-noir, à l’accent si particulier, travailleuse, exubérante dans la joie de cette province du Sud, sensée, le cœur sur la main, sentimentale, aimant la France métropolitaine, « communauté historique à sauver » dit l’abbé Georges de Nantes, tissant mille liens avec les Européens malgré bien des progrès restant à faire.

    Ils n’étaient pas tous des colons, 12000 seulement, avec de petits terrains côtiers de 4 à 5 hectares, sauf quelques-uns rares et riches, mais beaucoup moins qu’en France. Ils étaient des fonctionnaires, des ouvriers, des commerçants, des postiers, des cheminots pas aisés, 95 % ayant un niveau de vie inférieur de 20 % à la moyenne des gens de la Métropole.

      En dehors des villes, les indigènes éparpillés dans le bled, dans les montagnes de Kabylie ou des Aurès, vivaient leur vie d’autrefois, mais les médecins allaient à eux, les écoles les suivaient. Ils étaient progressivement attirés vers nous, avec le droit de vote, le Collège unique en 1947.

 

           L’Algérie et la rébellion de 1954 à 1956.

     Dans la nuit du 1er novembre 1954 éclatait l’insurrection, la Toussaint sanglante. Un groupe d’arabes armés, dans les gorges de Tighanimine, près de Constantine, faisant descendre les voyageurs, mitraille le caïd Hadj Saddok qui avait sorti son pistolet et dans sa direction l’instituteur de 23 ans et sa femme 21 ans. Six indigènes sont tués. L’instituteur revenait avec sa femme d’une promenade à Biskra et rejoignait sa petite école de Tiffelfel, bled perdu des Aurès.

    Cette tuerie fut vite connue, mais l’insurrection algérienne avait éclaté, bombes et assassinats dans  l’Algérois et en Oranie, attentats  sérieux dans le Constantinois, aux casernes, locaux administratifs et mort d’hommes à Arris.

    Philippe Tripier dit que la rébellion avait peu de moyens d’aboutir, quelques centaines de mauvais fusils, une population massivement indifférente. Mais il s’agit pour les terroristes de mener une guerre comme en Indochine, révolutionnaire et durant les deux premières années, le FLN va tenter de soulever les musulmans par la terreur. Six jeunes nationalistes ont des rues d’Alger portant leur nom, Didouch Mourad, ben Boulaïd, ben M’hidi…

      La structure du FLN consiste en cellules disséminées dans les douars, noyés dans la masse, avec un tueur, un collecteur de fonds, un propagandiste, un chef de cellule.

   Mais, neuf mois après la Toussaint sanglante, malgré la terreur, les musulmans ne soutiennent pas la rébellion.

      Les chefs du FLN vont créer l’irréparable par les évènements de Philippeville le 20 août 1955, neuf mois après.

   Plusieurs milliers de paysans réquisitionnés et poussés aux meurtres, égorgent 51 musulmans et 71 européens, vieillards, femmes, enfants, massacrés. Le même jour  lieu l’effroyable tuerie d’El Hadia.

     Les  forces de l’ordre interviennent mais ne  peuvent empêcher les représailles des européens, 1273 morts indigènes. C’est un succès pour le FLN, un fossé de sang. Ils font tout pour élargir la blessure en  incendiant 1800 exploitations agricoles, 80 000 têtes de bétail, 12 millions de pieds de vigne, sciant les poteaux électriques la nuit. C’est l’engrenage et la population  indigène bascule vers le FLN.

       En 1955 le gouvernement nomme Jacques Soustelle comme Gouverneur général en Algérie, fidèle à De Gaulle, mal vu des pieds noirs. Après le massacre de Philippeville Soustelle est bouleversé et « gros matou » vire sa cuti, ses instructions ordonnant une répression brutale.

    L’armée d’Afrique, brisée pour mater la rébellion, voit arriver 2200 gendarmes et 15 000 soldats opérationnels, 40 bataillons. Mais officiellement l’Algérie n’est pas en guerre et toutes les actions de l’armée sont contrôlées par la gendarmerie. Le soldat qui a tué un terroriste passe en jugement, comme pour un crime de droit commun !

      Quand un suspect est arrêté, les avocats de la défense sont prévenus, complices du FLN !

     Le problème des soldats est résolu par le général Lorillot, ancien d’Indochine, faisant arriver en 1956 les légionnaires d’Indochine.

     Ceux-ci sont dépités par l’affaire de Suez, pour délivrer le Canal. Vainqueurs en 2 jours, les 5 et 6 novembre 1956, le général Français Ely donne l’expédition aux britanniques qui cèdent à la Russie et à l’Amérique ! L’Égypte se pose à l’ONU en victime et Éden décide d’arrêter l’opération, prévenant Paris ! Les unités françaises rentrent, la rancune au cœur.

      L’ONU, par utopie et démagogie internationale, consacre l’autorité de Nasser !

   En deux ans, les effectifs rebelles sont passés de quelques centaines de combattants à 20 000, répartis dans toute l’Algérie, avec quelques 100 000 sympathisants, soit 1, 5 % de la population. On recense fin 1956, 6352 morts musulmans contre 1035 européens.

     Paris envoie 400 000 soldats, portant le service militaire à 30 mois.

    Le 6 février 1956, Soustelle est devenu Algérie française : Guy Mollet et Mendes-France le limogent. Soustelle est applaudi par la population au port, à son départ d’Alger.

    Ils le remplacent par le général Catroux qui est accueilli par des jets de tomates et Mollet remplace son ami par le socialiste Robert Lacoste.

     En octobre 1956, les renseignements militaires  apprennent le déplacement en avion, de Ben Bella, du Maroc vers la Tunisie. C’est le chef de la délégation extérieure du FLN, accompagné de 4 autres terroristes. Il est arrêté, porteur de tractations entre Guy Mollet et le FLN, à Belgrade et à Rome.

     Au mois d’août 1956, dans la vallée de la Soummam, seize chefs de maquis, réunis par Abane Ramdane, vont structurer la résistance intérieure en six wilayas, un comité de coordination de 5 membres, un conseil national de la Révolution algérienne de

La province française et la rébellion en  1957.

                             

    Durant l’été 1956, les chefs FLN modifient leur action pour l’hiver 1956-1957, décidant le terrorisme urbain, surtout algérois. Ils veulent créer une grève générale, correspondant aux discussions de l’ONU, et amener le combat sous les yeux des journalistes, dit Philippe Tripier.

     C’est alors la bataille d’Alger, dont l’armée française sortira victorieuse, à quel prix disent les accusateurs.

     Une ZAA, zone autonome d’Alger, créée par le FLN, installe les loups dans la ville, 200 à 300 spécialistes de l’assassinat, et un millier de commis responsables de caches, désignations, collectes de fond, liaison, dans une Kasbah étroite enchevêtrée, en escaliers.

     Yacef Sâadi est le bras droit de Ben M’Hidi, avec Ali la Pointe, tueur efficace. Le FLN dispose au début du Parti communiste algérien et fait de juin à août 1956, 150 attentats. Le journal communiste, Alger Républicain a des individus comme Daniel Timsitt, Fernand Yveton, Castel, Alleg, Hadjérès.

    Mais vite le FLN ne tolère pas de concurrents, avec un relent d’antisémitisme dit Godard. Il  n’empêche que les premières poseuses de bombes, Raymonde Peschard et Danielle Mine, maîtresses de musulmans, avaient des voiles empruntés aux femmes arabes, sans subir de fouilles.

    Le 30 septembre 1956, des engins déposés à la Cafétéria, bar de la rue Michelet, et au Milk-Bar, tuent 3 personnes et en blessent 50 ;

      Le 12 novembre, tris bombes dont une dans un tramway plein d’enfants, font 17 victimes.

    Cent vingt-deux attentats ont lieu en décembre 1956, avec des européens exaspérés à Bab-el-Oued, tuant en représailles des musulmans, attentats terroristes aveugles à la bombe, au couteau, au pistolet, tant contre des Européens que des arabes pro-français.

     Cette terreur, cette horreur, cette peur de la torture, la brutalité des massacres et des pillages, fait contagion sur les masses musulmanes et le FLN est la vedette sanglante de l’actualité mondiale.

    Au début de janvier 1957, le ministre résidant, Robert Lacoste, décide de remettre au général Raoul Salan, 57 ans, officier le plus décoré de l’armée française, la mission de faire face.

    Salan choisit le général Massu avec sa 10ème Division, rentrant juste de Suez.

    Massu répartit ses régiments et le 1er REP du colonel Brothier, puis du colonel JeanPierre, an centre-ville, le troisième régiment de parachutistes coloniaux (RCP) de Bigeard, à la Kasbah et Bab-el-Oued, le premier régiment de chasseurs parachutistes (RCP) à la banlieue est, le IIème RPC de Fossey-François au Ruisseau et à Maison-Carrée.

     Il faut empêcher la grève insurrectionnelle du 28 janvier commandée par le FLN.

    Le 28, au point du jour, l’armée s’ébranle et arrête 300 suspects. Les Dodges arrachent les magasins restés fermés. Les musulmans se rendent spontanément au travail, disant que le FLN est en déroute, sans que l’armée ait tiré un coup de feu !

    Massu s’attelle à la deuxième phase  de sa mission, délivrer Alger. Bigeard procède aux renseignements et du 14 au 19 février, récupère 87 dynamites. Un jour, une patrouille découvre un arsenal caché derrière une cloison, 17 bombes, 46 grenades, 100 kilogrammes de dynamite, 60 réveils.

      Bouhired est arrêté et nie. Il s’évade mais des soldats le tuent.

     Un jour, un jeune homme de bonne famille transportait 50 millions de francs dans sa voiture. Il lâcha l’adresse et Bigeard envoya une jeep en vitesse. Le capitaine Allaire sonna, le 23 février, puis enfonça la porte, apercevant un homme en pyjama, Ben M’Hidi, véritable seigneur, colonel du FLN, liquidé au bout de quelques jours, le 3 mars 1957, dans la Mitidja, par une pseudo-pendaison,  par le commandant Aussaresses. En dépit de cette bavure, le 31 mars 1957, le bilan de la répression est spectaculaire et des musulmans, reprenant confiance, donnent volontairement des renseignements.

     En neuf mois, les parachutistes appliquant à Alger les méthodes de la guerre révolutionnaire, ont nettoyé la ville.

    Le docteur Chaulet, complice du FLN, obtient des libéraux un meeting de solidarité avec le FLN, « Témoignage chrétien » donnant le coup d’envoi du 15 février 1957, relayé par Mandouze et Robert Barrat, Claude Bourdet de « France observateur », Beuve-Méry et Henri Marrou du « Monde », Servan-Schreiber de «  l’Express ».

    Bientôt se forme un « Comité de résistance spirituelle », avec l’abbé Pierre, René Capitant, Robert Barrat, Charles-André Julien, Régis Blachère, Louis Massignon, Henri Simon, Verges, qui dénoncent la « torture » employée par les Services de l’Armée et par la police !

     Pressé de tous côtés, Guy Mollet crée le 5 avril une « Commission de sauvegarde du droit et des libertés individuelles ».

     Le mois de mai 1957 entraîne une recrudescence de la terreur avec le massacre de Melouzza en Kabylie et ses 300 morts. À Alger, Yacef Saadi, promu chef de la ZAA, donne l’ordre de reprendre la lutte : trois explosions, le lundi 8 juin, ébranlent les socles de lampadaires, déchiquetant des enfants sortant de l’école et des adultes.

   Le samedi 8 juin, un attentat au Casino de la Corniche provoque 10 morts et 85 blessés. Soulignons que, le même jour, René Coty gracie 8 terroristes condamnés à mort !

    La deuxième bataille d’Alger a commencé, ce mois de juin  étant le plus meurtrier, avec 231 victimes.

    Les régiments reviennent, décidés à en finir. Massu délègue au colonel Godard les pleins pouvoirs, aidé du capitaine Faulques du 1er REP, et de Trinquier.

     Pendant ce temps, le capitaine Léger du 11ème Choc, avait constitué une équipe de rebelles retournés, habillés en bleu de chauffe.

    Dans la nuit du 5 au 6 août, Ali Moulay, sans torture mais sous menace de la guillotine, livre tous ses complices. Parmi eux, Zerrouk est totalement retourné. Correspondant de Yacef Saadi, celui-ci est pris avec sa maîtresse, Zora Drif, le 23 septembre 1957.

   Puis Ali la Pointe est repéré 5 rue des Abdérames. Devant son refus de se rendre, les légionnaires font sauter le repaire et ses bombes, tuant Ali la Pointe.

     La bataille d’Alger est gagnée, le FLN étant vaincu par la ruse intelligente de l’armée.

    Mais la trahison du pouvoir politique est une réalité, une compromission étant en coulisses, les gouvernements de Guy Mollet, puis de Bourgès-Maunoury composant avec la rébellion, dont la mission de bons offices de Germaine Tillon !

 

          La Province d’Algérie et la rébellionen 1958.

     C’est alors le réflexe algérois du 13 mai 1958.

     Les chefs du FLN abandonnent leur arrogance où 96 rebelles furent tués le 23 mai 57, à l’opération d’Agounenda, entre Blida et Médéa, par le 3ème RPC.

   Les missions de l’armée croissent et les SAS (Section administrative spécialisée) apparaissent, protégeant l’administration, l’instruction publique, l’assistance médicale, les travaux publics, le recensement, la formation de la jeunesse arabe.

     Les puits de pétrole d’Hassi Messaoud à Bougie, le gaz de Hassi R’Mel à Alger et à Oran, découverts en juin 1956 au Sahara, avec plus de 500 kilomètres de canalisation, sont protégés.

      Le 3ème RCA à Aïn-Taya, dirigé par Argoud, rétablit l’ordre et rallie la population, ainsi que le lieutenant Morin dans l’Atlas blidéen. Aïn-Beïda, au sud de Constantine, est pacifié, le sous-lieutenant d’Andoque anéantissant les troupes rebelles.

      Les harkis, 2000 en 1956, 30.000 fin 1957 sont multipliés en auto-défense.

    On compte 376 écoles, 2300 kilomètres de routes et pistes nouvelles, 720.000 consultations médicales.

   Pour gêner les soldats d’AFN formés en Tunisie, Salan remet sa  défense au général Vanuxem : il lance les colonels de choc Buchoud et Jeanpierre, commandant le 1er REP, avec des troupes blindées, des hélicoptères, des avions. Un haut barrage est constitué, de deux réseaux de barbelés électrifiés.

    Ce barrage terrorise les rebelles. Les derniers jours d’avril 1958, ils tentent un passage à Souk-Ahras. Le 30 avril le 1er REP serre une nasse d’encerclement, l’ALN laissant 4000 homme tués, 600 prisonniers, 3300 armes. L’armée compte 279 tués et 758 blessés.

     La victoire de Souk-Ahras marque la fin de la bataille des frontières, asphyxiant la rébellion algérienne.

     Bourgès-Maunoury tombe en 4 mois, et après 5 semaines de crise, en novembre 1957, Félix Gaillard, 37 ans, le remplace, prêt à négocier avec les rebelles.

    Le 11 janvier 1958, une embuscade est tentée à hauteur du poste frontière de Sakiet-Sidi-Youssef, piège de l’ALN faisant venir un groupe de la Croix-Rouge internationale, comme témoin ! Le FLN fait pression sur Bourguiba pour qu’il saisisse l’ONU : il a l’appui des États-Unis et de l’Angleterre.

    La honte et la colère des européens grandissant, Félix Gaillard tombe le 15 avril 1958, derniers soubresauts de la quatrième République.

    Le 26 avril 1958, 10.000 anciens combattants et partisans de l’Algérie française, marchent silencieusement pour réclamer la constitution d’un Gouvernement de Salut public, tandis que radio Tunis annonce, le 9 mai, l’exécution de 3 soldats français et que Robert Lacoste quitte Alger vers Paris.

     La phalange des nationaux a réapparu avec Robert Martel et ses amis colons catholiques, Pierre Lagaillarde président des étudiants d’Alger, le docteur Lefèvre, père de sept enfants, admirateur du Maréchal Pétain.

     Le clan gaulliste a un nom à proposer à la foule, De Gaulle, avec ses courtiers envoyés par Chaban- Delmas, Léon Delbecque, (que j’ai connu à la clinique Lavernhe), ami de Soustelle et de Michel Debré écrivant, pour les européens, son « Courrier de la Colère » !

     Tapis dans l’ombre, le général attend son heure.

   Quant à l’armée, véritable arbitre, elle dit, par ses officiers, que « Jamais, jamais, nous n’accepterons une seconde fois une telle honte », comme en Indochine, jurant qu’ils resteraient, serment fait au nom de la France.

     Ce matin du 13 mai peu d’arabes observent les européens et à 13 heures arrivent les colons de la Mitidja et du Sahel, accompagnés de Pierre Lagaillarde en tenue camouflée, criant des hymnes patriotiques, en l’absence du groupe gaulliste, non prévenu.

   Les paras du 3ème RCP de Bigeard ont laissé un camion GMC devant les grilles du Gouvernement Général. Les émeutiers s’en emparent et la masse surexcitée envahit le Gouvernement Général, Lagaillarde et Martel maintenant la pression de la foule.

    Massu arrive,  suivi de Salan, le visage fermé, investi par Paris des pouvoirs civils et militaires.

     Delbecque et le juif intriguant, Lucien Neuwirth, sont arrivés entre temps, et ont l’habileté de se faire passer pour les envoyés de Soustelle. Delbecque annonce à la foule l’arrivée de Soustelle imminente, ce mensonge étant accompagné d’acclamations.

     Le discours du général Salan est salué d’une longue ovation, à 4 heures du matin. Salan, qui a désigné Massu, gaulliste, pour être président du Comité de Salut public, CSP d’Alger, envoie un télégramme au Président Coty, pour créer à Paris un Gouvernement de salut public.

    L’Assemblée nationale a accordé, dans la nuit, son investiture à Pierre Pfimlin, député MRP d’Alsace.

   Le Gouvernement s’affole et Jule Moch, nouveau ministre de l’Intérieur, veut sauver la République.

     Seul « le Mandarin », va-t-il franchir le Rubicond devant le forum et cette foule, dès 10 heures du matin ? Salan a sondé ses officiers, au soir du 14 mai, qui disent que le seul recours est de Gaulle. Le lendemain 15 mai, jour de l’Ascension, Salan qui a dit « Vive la France, vive l’Algérie française », entend le soufflage de Delbecque, qui lui demande de crier « Vive de Gaulle ». Après un instant d’hésitation, il le proclame, lui l’antigaulliste. C’est la journée des dupes où le mouvement d’Alger a basculé pour de Gaulle !

    Il a suffi que Salan prononce au Forum le mot néfaste pour que de Gaulle sorte de son mutisme, se disant « prêt à assumer les pouvoirs de la République ».

    Le 16 mai stupéfie le FLN, toute la Kasbah se déversant au Forum, fraternisant avec les européens, 100.000 au total. Le cauchemar de la rébellion est fini, la haine a disparue.

    Le 19 mai, de Gaulle vient à Paris, laissant percer dans une conférence de presse son habileté, se proposant pour sauver la République, « se faisant investir par le régime qui défaille ». Il rencontre Pfimlin dans la nuit du 26 au 27 mai et de Gaulle, bluffant le lendemain, annonce qu’il a entamé le « processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement capable d’assurer l’unité et l’indépendance du pays ».

     Le lendemain, il reçoit à la Boisserie, à Colombey-les- deux-Églises, les émissaires de Salan, dont le Général Dulac.

     Le 29 mai, le Président Coty, tremblant devant la menace d’insurrection des paras sur Paris, se décide à faire appel au « plus illustre des Français » et l’Assemblée accorde son investiture au général par 329 voix contre 224, Pfimlin ayant accepté de s’effacer, pour réviser la Constitution.

 

La rébellion de 1958 à 1961.

     Le général de Gaulle n’a jamais déclaré au peuple son dessein. Il avait décrit, dans « Le fil de l’épée », son pouvoir futur.

    «L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de duperie et de ruse. La ruse doit être employée pour faire croire que l’on veut ce que l’on ne veut pas. La surprise, il faut l’organiser, non seulement grâce au secret, mais aussi sous le couvert d’un voile épais de tromperies »

    Ce sont les termes d’un paranoïa que, trop grand, au long nez, à la voix lente autoritaire, ambitieux, et ces termes expliquent sa reddition aux Allemands dans la guerre de 1914-18, sa mégalomanie pour être le gigantesque menteur de la Libération, la déportation du Maréchal Pétain condamné à mort, le discours de Brazzaville en 1944 où il perd nos colonies, son attaque de Français contre des Français en Syrie, son abandon de l’OTAN, son discours pour le Québec libre, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural pour faire le jeu du communisme, sa croyance dans le rapprochement du tiers monde, avec le pétrole du Sahara.

    Ce réquisitoire,  l’abbé de Nantes l’écrivait dans la « Lettre à mes amis » numéro 166, terminant par « il eût mieux valu pour nous et je le crains, pour cet homme, qu’il ne fût jamais né ».

    Recevant  les députés Lauriol, Laradji, Portolano le 18 janvier 1960, il leur dit ;  «  L’intégration ? Une connerie ! L’armée a fait l’affaire Dreyfus, elle a soutenu Pétain, maintenant elle est pour l’intégration. Les musulmans ne seront jamais des Français. Ce qu’ils attendent de moi, c’est que je leur ramène Ferhat Abbas ». Il avait murmuré à l’oreille du journaliste Viansson-Ponté en octobre 1958 : « Les généraux, au fond me détestent. Je le leur rends bien. Tous des cons ».

     Pour soumettre sa volonté à ses desseins, il mit à la retraite le général Miquel en juin 1958, rappela Jouhaud en métropole le 15 octobre, soumit à Salan, qui refusa, le poste d’ambassadeur dans le Pacifique. Il nomme le général d’aviation Maurice Challe, légaliste, qui n’avait participé à aucune guerre coloniale, commandant en chef en Algérie. Il choisit Paul Delouvrier pour les pouvoirs civils, jeune technocrate européen.

    Le plan Challe,  qui a dit aux  journalistes qu’il n’aurait jamais accepté de prendre la succession de Salan, aveuglé alors par la politique de de Gaulle, fut d’un admirable rendement.

    Ce plan, conçu et préparé par Salan, devait pallier à la faiblesse de 17000 combattants, balayer l’Algérie aidé par l’aviation et les hélicoptères, reprendre l’initiative.

      En février 1959, le général Gracieux commandant les forces para des 10ème et 25ème  DP,  les légionnaires du 11ème DI, les fusiliers-marins, déclenche l’opération « Couronne » dans les monts Saïda et de Tlemcen, l’opération « Courroie »dans l’Algérois et l’Ouarsenis, du 18 avril au 18 juin, l’opération « Étincelle » au mois de juillet au sud des pays kabyles, l’ opération « Jumelles en grande Kabylie, pendant 8 mois, l’opération « Pierres précieuses »en petite Kabylie jusqu’à Philippeville en novembre 1959, pendant 14 mois.

     Après le passage des troupes d’élite, on crée des unités légères connaissant l’itinéraire des rebelles, leurs refuges, rebelles traqués la nuit par les harkis, dont le « Commando Georges » avec 150 français musulmans. Pour avoir nettoyé plusieurs secteurs de Commando reçut 26 médailles militaires et 400 citations.

     Le rendement du plan Challe fut d’une grande efficacité, détruisant 50 pour 100 des rebelles en Oranie, 40 pour 100 dans l’Algérois, autant dans les autres régions, brisant les rebelles dans 4 wilayas sur 6. En été 1959 il n’y a plus que 13.000 moudjahidines et l’on compte, en 1960, 210.000 harkis, 8 fois le nombre des rebelles.

    Le général de Gaulle, dans la « tournée des popotes »du 27 au 31 août 1959 constate le succès, de Gaulle usant avec Challe, non convaincu encore,  de ses procédés menteurs utilisés avec  Salan !

    Mais, faits alarmants, le 8 janvier 1959, il fait libérer 7000 détenus, gracie 150 hommes condamnés à mort, dont le terroriste d’Alger, Yacef Saadi. Ben Bella est transféré dans un séjour plus confortable. Messali Hadj peut circuler normalement en France.

      Quinze jours après avoir flatté l’armée, de Gaulle annonce l’autodétermination, laissant trois déterminations, la sécession, la francisation complète, l’association. L’association est celle que de Gaulle avait adoptée le 11 décembre dans le Mali, le 15 à Madagascar, le 31 à la Côte d’Ivoire, suivis du Dahomey, de la Haute Volta, du Niger.

     Les répercussions sont immédiates, avec exactions du FLN, message compris par la masse musulmane qui comprend que la France abdique.

      L’armée bougea et Challe se rassura à Paris !

 

          Les barricades de janvier 1960.

    Le rappel de Massu éclate comme un coup de tonnerre et Ortiz demande à manifester le dimanche 24 janvier au plateau des Glières, 20 à 30.000 personnes. Ortiz se soumet à l’injonction de Challe, mais Debrosse obéit aux instructions du général Crépin. Quinze escadrons de gendarmerie dévalent du forum vers le plateau des Glières. Une fusillade éclate, les parachutistes du colonel Broizat et le 1er REP du colonel Dufour arrivant quand la fusillade avait cessé.

     On compte les victimes, 14 morts et 123 blessés chez les gendarmes, 6 morts et 23 blessés chez les manifestants. Deux tiers des gendarmes sont tués dans le dos, par deux fusils mitrailleurs placés sur le forum, avec des munitions délivrées la veille aux CRS, procédé gaulliste.

     Le 24 janvier, sous les ordres d’Ortiz et de Lagaillarde, les manifestants se réfugient derrière des barricades dressées dans le quartier des Facultés.

     De Gaulle exige la réduction des barricades par la force, mais les parachutistes les protègent.      Le 1er février, Ortiz s’enfuit et le colonel Dufour obtient la reddition de Lagaillarde, le 1er REP rendant les honneurs aux « rebelles ».

    De Gaulle, exploitant sa victoire de janvier 1960, obtient du Parlement le vote des pleins pouvoirs. Les généraux Mirambeau, Gribius et Faure sont affectés en métropole ou en Allemagne, ainsi que les colonels Godard et Bigeard envoyé dans le Centre-Afrique.

     Challe subit la colère et le 24 avril 1960, il part commander dans le Centre Europe, remplacé par le très gaulliste Crépin.

    Avant de quitter le sol algérien, Challe a connaissance de l’ « Affaire Si Salah », commandant la wilaya 4, couvrant l’Algérois. Fin mai ces rebelles acceptaient la capitulation, une partie de l’Oranie et la Kabylie étant prêts à basculer !

     De Gaulle demanda à voir Si Salah le 10 juin, à la nuit, mais rien de concret ne fut décidé car l’occasion était unique de faire de la wilaya 4 une vitrine de la paix retrouvée. En congédiant Si Salah, médusé, il dit qu’il lancerait un appel à la rébellion extérieure, en Tunisie. 

     Quatre jours plus tard, de Gaulle déclare dans un discours officiel, « se tourner, au nom de la France, vers les dirigeants de l’insurrection ». Le GPRA répond à son appel le 20 juin et une rencontre a lieu à Melun le 25 juin.

     Si-Salah, emmené en Tunisie, meurt dans une embuscade, disant : « De Gaulle nous a trahis. C’est lui le responsable de mon sort ».

     Devant l’échec  des  négociations de Melun, de Gaulle dit aux journalistes du monde entier : « Il y a une Algérie, il y a une entité algérienne, il y a une personnalité algérienne ». Il aggrave sa trahison le 4 novembre 1960 : « Les dirigeants rebelles se disent être le gouvernement de la République algérienne, lequel existera un jour, mais n’a encore jamais existé ».

    La CGT, la CFTC, le PSU, l’UNR, les Cardinaux et Archevêques, multiplient les déclarations visant à l’abandon !

     Le 16 novembre, de Gaulle annonce un référendum et le 19 décembre, avant les résultats du scrutin, l’ONU reconnaît le droit du peuple algérien à l’autodétermination.

  Des mesures obscures diminuent le rôle de l’armée, purges, mutations, limogeages, changement d’objectif des SAS, libération de centaines de détenus.

    De Gaulle, accompagné de Louis Joxe, ministre des affaires algériennes, veut parcourir à nouveau l’Algérie.

     À la grève générale du 11 décembre, la réplique est sanglante avec des contre-manifestations du FLN, suscitées par de Gaulle. Le colonel Masselot, légionnaire d’origine pied-noir, laisse 120 morts et 1000 blessés.

    Le 12 décembre, de Gaulle à Telergma, explique aux officiers qu’il accepte la « prise de conscience de la masse musulmane ». Il veut aller à Philippeville le 13 décembre 1960, mais il a vent d’un danger et retourne à Paris.

   Le piège est le 8 janvier 1961, le référendum demandant  de plébisciter de Gaulle et l’installation d’un exécutif provisoire dans une Algérie algérienne, liée à la France. Le 8 janvier le oui l’emporte, mais non franc et massif, avec une faible participation de l’Algérie.

 

           Le putsch du 22 avril 1961.

     Après le demi échec référendaire, le général

     Crépin est remplacé par le général Gambiez, dit « le professeur Nimbus ». 

   Dans les unités le mécontentement est grand. À Paris, le colonel de Blignères, catholique profond, reçoit les Anciens d’Indochine. Des colonels comme Argoud, Godard, Château-Jobert, Romain Desfossés, se réunissent à l’École militaire, dans le bureau du colonel Lacheroy.  

    Les  convictions   assurent  quelques pions : le 1er REC du colonel de  La Chapelle, les 14èmes et 18èmes de Masselot et Leconte, le groupement des commandos parachutistes, GCP du commandant Robin, pied-noir père de 8 enfants, les 1er et 9ème RCP, les 2ème et 8ème RPIMA, les deux régiments étrangers de parachutistes, le colonel Brothier, chef du 1er REI à Sidi-Bel-Abbès, dont la participation est déterminante.   

   Ce qui manque, c’est un chef,  Massu se récusant, Juin se dérobant. Challe, irréaliste, envisage de reprendre son plan interrompu, accepte de prendre la responsabilité du coup de force, mais le sang ne doit pas couler et le soulèvement serait circonscrit à la seule Algérie, contrairement à ce que pense le colonel De Blignères, à Paris, les unités d’Allemagne de Vanuxem.

     Le 22 avril à 2 heures, le 1er  REP investit Alger, prend le général Vézinet, le délégué Jean Morin, le général Gambiez. À 8 heures, radio France diffuse la proclamation de Challe, avec Zeller et Jouhaud, en liaison avec Salan qui arrive d’Espagne le 23.

     Mais la situation est confuse avec l’abandon du général Pouilly à Oran, de Brothier dirigeant la légion.  

    Le soir du 23, à 20 heures, de Gaulle lance son appel contre ce « quarteron » subversif et Challe disposant de l’émetteur le plus puissant, ne répond pas, ne fait rien.

      Le lundi 24 avril, les chefs du putsch avaient perdu.

    Le mardi,  Challe se livre, tandis que 100.000 algérois du forum sont réunis et crient, mais quelqu’un a débranché les micros.

   De Gaulle a su se servir, diaboliquement, de tous les moyens pour faire triompher ses desseins criminels, avec ses petites touches et ses petites phrases, sans souci du sang versé, ni de la parole donnée.

     Le  recours au référendum, moyen  démocratique par excellence, lui a servi de justificatif légal, pour imposer sa politique d’abandon. Il a compté aussi, en démagogue, sur la corruption et l’apathie du peuple français, sur l’Église devenue progressiste.

 

          L’Algérie martyre en 1962.

      L’échec des Généraux permet, en vertu de l’article 16 de la Constitution, le régime de terreur. De Gaulle met Alger en état de siège, épure l’armée des éléments hostiles. Les généraux Challe, Zeller, Bigot, ont 15 ans de prison, le général Nicot 12 ans, le général Faure, le colonel Vaudrey, le commandant Denoix-de-Saint-Marc 10 ans, les colonels Masselot et Lecomte 8 ans, le général Gouraud et le colonel de La Chapelle 7 ans.

    Sont condamnés à mort par contumace les généraux Salan, Jouhaud, Gardy, les colonels Argoud, Broizat, Gardes, Godard, Lacheroy, le commandant Vailly. Le capitaine Sergent est condamné à 20 ans.

     Tous seront libérés en 1968, après 6 ans de prison, les évènements révolutionnaires de mai conduisant de Gaulle à se réfugier en Allemagne par hélicoptère chez Massu.

    De Gaulle a dissout les régiments, mis 220 officiers aux arrêts de rigueur, suspendu 200 fonctionnaires, 27 Conseillers généraux, 12 maires. Il arrête 115 CRS à Oran. Il interdit l’ »Écho d’Alger » et « Dernière heure ».

     Monseigneur Duval jette l’opprobre sur ces officiers perdus.

     Les négociations s’ouvrent le 20 mai 1962 à Évian, suspendues le 13 juin par surenchère du FLN. Le 5 septembre de Gaulle est obligé d’abandonner son projet et reconnaît que le Sahara, son gaz et son pétrole, appartiennent à l’Algérie nouvelle !

 

          L’OAS.

   L’Organisation de l’Armée Secrète est fondée en février 1961à Madrid par Lagaillarde et Susini, Godard présentant le 4 juin  1961 au général Salan l’organigramme destiné à quadriller Alger.

    Salan et Jouhaud prennent la direction, avec Gardy et Godard. Gardes et Michel Leroy sont pour la structuration.

     Le renseignement et les opérations (ORO) sont pour le lieutenant du 1er REP Roger Degueldre et pour le civil Jean-Claude Pérez, qui ne bouge pas de ses caches. L’OAS Madrid est sous les ordres d’Argoud, avec Bidault, Soustelle et Gardy. L’OAS métropole est pour le général Vanuxem, le capitaine Sergent, et André Canal, dit le monocle.

     Il y a 2000 militants, puis 3000, mais seulement un millier en février 1962.

    Cette stagnation de la population européenne qui applaudit en masse, tend des banderoles, fait vibrer le klaxon trois fois, tape des casseroles la nuit, écoute les missions pirates,  est le vrai handicap qui va condamner l’OAS, dit Matignon.

    À vrai dire, l’OAS opère déjà. Roger Degueldre m’a convoqué, amicalement, le 23 avril 1961 à l’Amirauté me disant que les généraux avaient perdu, qu’il entrait dans la rébellion de l’OAS.

    Il organise 23 commandos Delta, soit 180 hommes, gardant sous ses ordres 6 commandos, avec Achard à Bab-el-Oued, le capitaine Branca pour Alger centre, le capitaine Pierre Montagnon à Hussein-Dey, le lieutenant Picot d’Assignies à El-Biar, le capitaine Philippe le Pivain, catholique, son ami, du 2ème REI à Maison-Carrée et Degueldre, le vrai chef enthousiaste et réaliste.

     Le 24 juin le capitaine Ferrandi, aide de camp du général Salan, déclare que l’OAS a décidé de multiplier les opérations ponctuelles.

    Dans cette lutte clandestine le début 1962 est favorable aux Deltas, attaquant en particulier l’Hôtel Radja, tuant 100 Barbouzes conduits par de Gaulle, les 200 restants repartant en métropole.

     Mais lors de la trêve unilatérale, les exactions sont sur deux fronts, l’OAS se battant contre le FLN et les policiers français. Quand des suspects tombent aux mains des policiers aux Tagarins, des gendarmes mobiles à Hussein-Dey, les sévices du colonel Debrosse sont diaboliques. En septembre 1961, Geneviève Salasc, épouse de chirurgien, mère de 5 enfants, est torturée, nue. Elle pria et ne parla pas de Godard. Mon maitre Goinard la fit transférer au bout de 5 jours à la clinique Lavernhe. Je la revois à la Basilique du Sacré-Cœur de Marseille, chaque samedi soir, et elle nous parle de cette époque. Mon ami, le docteur Vian, finit, lui, à Saint-Maurice l’Ardoise.

   Georges de Nantes était favorable à l’OAS pour sa défense de l’Algérie française, mais réprouvait ses moyens. André Rieunier écrivait que l’OAS était sans tâche pour la cause qu’elle défendait, les méthodes dont ils se sont servis étant enseignées par de Gaulle au micro de Londres.

     C’est enfin  la capitulation d’Évian, le  18 mars 1962, avec l’arrêt des hostilités le 19 mars. L’OAS doit lutter contre le FLN, que l’armée ne combat plus. Bab-el-Oued est alors bombardé en mars, avec isolement total du quartier, fouilles meurtrières, et bombardements. Le colonel Vaudrey organise une manifestation sans armes, des enfants aux vieillards.

    Le cortège pacifique, drapeaux en tête, est dirigé devant la Grande Poste, arrêté vers 14 heures 30, des musulmans farouches, islamistes, habillés en soldats français, tirent 8 à 12 minutes, tuant 80 personnes, en blessant 200 opérés dans les cliniques Lavernhe et Solal, bourrant l’Hôpital de Mustapha, avec le docteur ami Jean Massonat, tué en secourant.

     Le 25 mars Jouhaud est arrêté à Oran, le 7 avril 1962 Roger Degueldre, le 20 avril le général Raoul Salan.

     J’ai compris avec Charlette que tout est perdu, et décide notre départ avec les cinq enfants, la mère, les grands-parents le 25 mai 1962.

     Les attentas redoublent 30 morts et 40 blessés par jour.

    Une rencontre secrète a eu lieu en Février aux Rousses, dans le Jura, entre Joxe, Buron  et le prince de Broglie et 4 membres du GPRA.

   Le 18 mars, de Gaulle, ayant satisfait toutes les revendications du FLN, conclut la plus honteuse des capitulations de notre histoire, décrétant le cesser le feu pour le 19 mars à 12 heures, les accords d’Évian n’étant authentifiés par aucune signature !

    Le 6 juillet Roger Degueldre, 36 ans, est fusillé, mal  visé par le peloton, avec 5 coups de grâce, l’agonie durant plus de 10 minutes. Il avait été jugé par une Cour Militaire de Justice, créée par de Gaulle le 31 mai, précédée du suicide du premier général de la Cour, de Larminat.

      Sa tombe est visitée chaque année par les fidèles, au Cimetière des Gonnards.

    L’épouse du colonel Hervé de Blignères, catholique fervente, a fait lire par le commandant Met, le 3 juillet 1999, sa lettre : « Son courage, son exemple, son sacrifice dans la patrie des hommes ne sera jamais oublié. Je prie Dieu d’accorder à cette âme puissante, entière, assoiffée de droiture, qui souvent doutait, la récompense éternelle des Justes, que, sans doute, il n’attendait pas ».

     Le colonel Hervé de Blignères écrivait : « Si aujourd’hui son âme n’est plus qu’à Dieu, hier, sous l’uniforme, son cœur ne vibrait que pour l’honneur et la Patrie… Je donne ma parole qu’en cette aube du 6 juillet 1962 est tombé un héros, un un vrai soldat français ».

     Après le cessez le feu, le FLN voulant précipiter l’exode des Français, fait 50 enlèvements par jour et 9000 disparus, dont les femmes et les jeunes filles violées, écrit le capitaine Leclair. Les églises sont profanées, 400 sur les 567 chrétiennes, transformées en mosquées.

    Peyrefitte dira qu’en conseil des ministres, de Gaulle dit à Joxe ; « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités » !

    Les Harkis, désarmés par des officiers français, sont massacrés d’une façon épouvantable écrit Camille Brière en 1984. Le Bachaga Boualem montre qu’il y eut 150.000 harkis assassinés, chiffre confirmé par le Service historique de l’armée dit le général Porret le 21 avril 1977. Le gouvernement gaulliste s’oppose au rapatriement des Français-musulmans et l’on voit des harkis, arrivant dans le port de Marseille, refoulés de force en Algérie !

    Deux jours après le référendum du 1er juillet 1962, l’enfer se déclenche à Oran, effroyable carnage avec 3000 morts ou disparus, le général Katz, chef du corps d’armée, « boucher d’Oran », ayant reçu de de Gaulle l’ordre exprès de ne pas intervenir !

      Le 7 juillet 1962, Monseigneur Duval reçoit un télégramme du Pape Jean XXIII, publié dans la presse : «  A l’occasion de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, le Souverain Pontife forme des souhaits fervents de prospérité pour le nouvel État, appelant de ses vœux l’harmonieuse collaboration des diverse communautés, favorisée avec tant de zèle per votre excellence. Sa Sainteté invoque de grand cœur sur tous les habitants de la terre algérienne, les abondantes bénédictions du Dieu Tout Puissant »

    Ce scandaleux télégramme vérifie la lettre de Georges de Nantes du 6 mai 1962 : «  nous vivons l’apostasie pratique de l’Église ».

     Au Petit-Clamart, le 22 août 1963 , le Lieutenant-Colonel Bastien Thiry,  36 ans, père de trois enfants, tentera d’exécuter de Gaulle. Ce grand catholique, homme d’honneur, sera exécuté, calme, chapelet en main, le 11 mars 1963.

 

     Les causes de notre exode.

    Le fond désastreux de nos gouvernants

         et du laïcisme.

     Après une courte première République, Charles X sacré à Reims le 29 mai 1927, a envoyé De Bourmont diriger le Corps expéditionnaire en  Algérie, avec le 4 juillet 1830, la prise du Fort l’Empereur.

    Les débuts sont prometteurs dans cette population disparate de 2 millions, Turcs, maures d’Espagne, Juifs, Bédouins ou nomades, Kabyles. Mais du 27 au 29 juillet l’insurrection misérable des Trois Glorieuses, chasse Charles X, le 16 août 1830, en Angleterre.

    Louis-Philippe dirige l’état le 9 août 1830, mais cette rupture d’alliance remet en cause le projet colonisateur de Charles X, Louis-Philippe, sur 20 aumôniers, en rappelant immédiatement 15 en métropole. Les 100.000 soldats tombent, appelant désespérément un prêtre, mais les bureaux militaires sont hostiles au clergé.

     Les relations affectueuses et confiantes du Maréchal Vallée, vainqueur de Constantine, sont de plus en plus tendues avec le maréchal Bugeaud, organisateur de la conquête, voulant que l’Évêque soit assimilé à un fonctionnaire civil. Pendant 130 années, la France a toujours pensé assimiler le musulman à la civilisation européenne par le progrès matériel et l’instruction laïque, l’Islam demeurant maître du Maghreb.

     C’est la IIème République du 25 février 1848 au 7 novembre 1852, Louis Napoléon Bonaparte étant élu Président le 10 décembre 1848. Il prend ensuite le pouvoir par le sénatus-consulte et devient Napoléon III, le 2 décembre 1852. Prisonnier à Sedan par les Allemands, la IIIème République est proclamée.

      De 1848 à 1870, la colonisation économique a  transformé la ville d’Alger, avec en particulier le Boulevard Front de Mer, l’achèvement des jetées nord et sud du port, 90 hectares, la construction du premier tronçon du chemin de fer à Blida.

      La troisième République voit 14 Présidents de 1870 à 1940, est pour le colonialisme laïque, (à en juger par la période du Centenaire de 1930), téléguidée par les socialistes, les radicaux, les francs-maçons. L’Algérie y reçoit son organisation administrative actuelle, anti-chrétienne, avec sa large décentralisation, une politique indigène généreuse.

     La cessation de l’état de guerre, la disparition des famines avec la production céréalière et du bétail, les cultures arbustives, mais aussi la production vinicole, le commerce, les minerais, la télégraphie sans fil, l’avion, le chemin de fer, les routes, font de ces trois départements une richesse. La disparition des épidémies par l’extension de la médecine, l’hygiène, font passer de 2 millions le nombre des indigènes en 1872, à 6 millions en 1926, à 10 millions en 1962 !

     Mais c’est seulement une instruction laïque de progrès matériel, anti-chrétienne.

 

            La position néfaste de l’Église.

    Elle ne fut pas mois désastreuse pour notre présence durable en Algérie. Nous savons comment après la démission, voulue, de Monseigneur Dupuch en 1846, les Français furent considérés par les musulmans !

     Puisqu’il était réservé à la France et à ses armes chrétiennes  de réhabiliter l’Algérie, pourquoi ne pas avoir consacré la victoire, sans conversion par le yatagan, mais en encourageant, aidant le catholicisme ?

      L’Église a fait le contraire, entourant le clergé d’indifférence et de mépris, humiliant la Croix devant le Croissant, construisant, entretenant des mosquées et des marabouts, seules pratiques musulmanes autorisées.

    En 1873, Monseigneur Lavigerie envoya les Pères Blancs en Kabylie mais les anciennes injonctions gouvernementales le firent céder, devant ce gouvernement laïque et républicain. Ceci méritait bien son chapeau de Cardinal en 1882 et sa mission de ralliement des catholiques français à la République, à la demande du Pape Léon XIII, lors du « toast d’Alger » du 12 novembre 1890 !

   L’Islam, non vaincu, a attendu avec patience l’heure d’Allah pour  reprendre son indépendance, les Français n’ayant rien compris aux sublimes lignes du Père de Foucauld en 1912.

     L’immense  majorité du clergé d’Algérie adhérait au catholicisme  traditionnel, mais  une sourde opposition mûrissait dans l’ombre.

     Le 16 avril 1956, trois prêtres de la Mission de France à la paroisse de Souk-Ahras, sont suspectés d’avoir des liens étroits avec les fellaghas, Louis Augros, Johic Kerlan et Pierre Mamet.

      Accusés, ils protestent de leur innocence, soutenus en métropoles par les progressistes. Ils sont couverts par le Cardinal Liénart, par Monseigneur Pinier de Constantine. Interdits de séjour, ils sont blanchis. Augros rejoint l’abbé Scotto, curé progressiste de Bab-el-Oued, Kerlan devient vicaire d’Hussein-Dey, Mamet rentre en France où il intègre le réseau d’aide à la Fédération de France du FLN, qu’a créée le prêtre progressiste Jean Urvoas.

     Dans la  Croix du 13 janvier 2007, le  père Christian Delorme, du  Prado, déclare qu'il rencontrait dans sa paroisse des prêtres du Prado, solidaires de l'indépendance.

   Monseigneur Léon Duval, dès février 1954, devint le protecteur puissant de cette intelligentsia progressiste.

    « Prélat foncièrement métropolitain…dénué d’affinité avec la mentalité méditerranéenne et d’un contact sensible avec le peuple… il ne toucha point les cœurs et faisait figure d’étranger. Sept années d’épiscopat à Constantine l’avaient en outre engagé dans les relations avec les Oulémas réformistes » dit Pierre Goinard. Fasciné par la piété islamique, il mettait la Croix au service du croissant, offrant l’aide aux terroristes.

      L’abbé Scotto assurait la liaison entre l’Église et les grands chefs du FLN. L’abbé Bérenguer voyageait, ambassadeur du FLN. L’abbé Barthez, vicaire d’Hussein-Dey, discutait avec les poseurs de bombes. L’abbé Declair, aumônier de la prison de Barberousse, sortait sa ronéo le premier numéro clandestin d’El Moudjahid, dit André Rossefelder.

     Le père Schörung, lazariste, aumônier de l’Hôpital de Mustapha d’Alger écrit à Georges de Nantes, le 5 novembre 1963 : « L’action secrète des communistes a été moins importante en donnant à la révolte ses méthodes, que celle des catholiques libéraux, lui donnant son esprit et ses motifs de révolte avec la garantie religieuse du christianisme ».

     En octobre 1962, le progressiste Georges Hourdin de la Croix, se vantait de la collusion de ses amis avec les fellaghas.

    La hiérarchie prit, dès le début, nettement position en faveur des insurgés. Elle le fit du Vatican à l’Évêché d’Alger, en passant par l’Assemblée des Cardinaux et Archevêque.

    C’est de Rome qu’est venue l’impulsion. Pie XII d’abord, Jean XXIII ensuite, ont été, l’un et l’autre favorables à l’indépendance des peuples anciennement colonisés, le premier en langage doctrinal.

   Le 11 juillet 1956, monseigneur Del’Acqua, substitut à la Secrétairerie d’Et at, rappelait à Monseigneur Duval que les directives du radio message de Noël 1955, devaient impérativement guider son action. Monseigneur Duval, le 7 octobre suivant, dans une lettre confidentielle à ses prêtres, traduisait ces directives :

    « Dans l’établissement des rapports nouveaux entre l’Algérie et la France, il faudra tenir compte de la nécessité de donner progressivement satisfaction à la volonté d’autodétermination des populations d’Algérie, dans le respect des droits des personnes et des communautés ».

   La complicité de l’Église, du haut en bas de sa hiérarchie, la tyrannie des chrétiens progressistes fut découverte avec stupéfaction en 1957, par le 1er REP. Le général Massu se rendit auprès de Monseigneur Duval pour lui demander que ses prêtres cessent toute activité pour la rébellion. Il écrivit ensuite au Pape Pie XII et reçut , de son nonce, une réponse tendancieuse.

     Pierre Chaulet, interne des Hôpitaux en 1954, que j’ai connu, et sa femme Claudine, André Galice papetier, l’avocat maître Popie, Gauteron, Denise Walbert du Père Congar, hébergeaient les leaders et les poseurs de bombes, fournissaient papiers et tracts, déposaient des fonds de la Kasbah.

     Ainsi, déclare le commandant R Muelle, sous le nom anodin de « porteurs de valises », on a désigné tous ceux qui rendaient service au FLN, complices du terrorisme hautement criminel.

   Au centre de cette nébuleuse, le couple Jeanson créait le 2 octobre 1957 le « réseau » regroupant en métropole les communistes, les progressistes, les prêtres de la Mission de France, dont l’abbé Davezies et Denise Walbert du père Congar.

     Robert Davezies, physicien le jour, porteur de valises la nuit, arrêté en janvier 1961 défendu par le Cardinal Liénart déclarant : « Je suis persuadé et je tiens à le dire, que c’est dans un esprit de justice et de fraternité qu’il a voulu agir dans une situation complexe ».

   Seul l’abbé Georges de Nantes dit, dès l’automne 1956, dans « l’Ordre Français » que la décolonisation, loin d’être un dogme de l’Église, n’est qu’un principe révolutionnaire, raciste, barbare de misère et d’anarchie. « Le prêtre se grise de la hauteur de vues où il est parvenu, alors que les rebelles tuent pillent ».

     Le 6 juillet 1962 la Cathédrale est profanée par 800 musulmans exaltés par un imâm. 

   Gérard Challiand et Juliette Minces qui étaient enthousiasmés par la révolution algérienne, écrivent que l’indépendance n’a rien apporté, l’Algérie étant sous-développée, spécifiquement arabo-musulmane, l’homme ne croyant qu’au Coran.

     Il ne s’agissait pas de cracher sur la France, de chasser Chrétiens et Juifs pour s’emparer de leurs biens. Ils sont déçus qu’avec de Gaulle, rien ne soit ressorti de leur indépendance.

 

                 La honte des Français.

      Il y a eu une rupture avec les Français de métropole.

    Cette rupture a été voulue par de Gaulle, les journalistes asservis, l’Église, les Cardinaux et Archevêques, réunis pour déclarer notre honte, le 13 octobre 1961. Ils sont presque tous anti-OAS, nous qui aurions fait suer le burnous, agitateurs stupides, ennemis du bien public, responsables de la guerre civile !

    La tuerie du 26 mars à la Grande Poste ne trouve pas d’écho en métropole où la presse asservie rejette les responsabilités sur l’OAS et les Français d’Alger, qui de colonialistes, sont devenus des fascistes, injuriés ! Un quotidien marseillais titre sur 8 colonnes : « Émeute fasciste brisée à Alger par la riposte des soldats » !

    Les européens, qui ont construit cette Algérie, pays aride et vide, avec une pauvre race islamique, s’enfuient dans un exode pitoyable par avions et par bateaux, retrouvant en France, qu’ils ont choyée, des gens partant en vacances, occupés à acheter des autos, des télévisions, ignorant pour beaucoup, ces « chiens », qui retourneront peut-être la- bas...

    Le samedi 2 juin, après un aller en France pour accompagner Charlette et les enfants dans une villa d’Aix, prêtée, je retourne à Alger avec le Professeur Goinard, retrouvant l’afflux massif de cette immense foule bigarrée, femmes, vieillards et enfants mêlés, une valise à la main, attendant avec une impatience à désespérer ces départs d’avions si insuffisants. Et je sais que le même épouvantable tableau sévit au port d’Alger, où l’État, Pompidou en tête, a donné l’ordre de freiner les départs !

    La  confusion est générale ces  trois derniers mois, tous campant en plein air sur les aéroports et sur les quais, dans le dénuement complet. Les quais sont submergés de containers à prix prohibitif, dont beaucoup n’arriveront pas, égarés ou pillés, d’une infinité de voitures.

     L’insécurité est totale dans les campagnes abandonnées par les fermiers, regroupés dans les villes.

    Tout le monde veut quitter ce pays maudit et dangereux, car il ne fait pas bon circuler dans les rues où les fellaghas règnent, arrêtant les voitures avec leurs sales tête de bandits au faciès insupportable, pour vérifier les papiers.

    Le 16 mai, le télégramme officiel n% 125/ IGAA du Ministre d’État interdit strictement toute initiative pour l’installation de harkis désarmés, sauvagement massacrés,  150 000 exécutés !

   Après l’expédition, grâce à l’ami Allemand Bacquès, de ma mère, mes grands-parents, ma tante Espérance le 12 juin, je quitte Hydra et ma villa au Paradou le samedi 30 juin, au soir, dans un petit bateau Schiaffino, ne revoyant, plus jamais, notre si belle Algérie !

 

 

                           Bibliographie

Abbas Ferhat : Le jeune Algérien, Jeune Parque 1931

Aron Robert : Origines de la guerre d’Algérie, Fayard 1962

Assemblée des Cardinaux et Archevêques, automne 1961

Baudin Jacques : Face au nationalisme arabe, Berger-Levraut 1959

Blachère Régis : Le Coran, Paris-Maisonneuve 1947

Boissenot Alfred : l’Islam et la guerre d’Algérie CEL éditeurs 1977

Bousquet GH : L’Islam maghrébin, Maison du livre, Alger 1941

Le Coran, Maison Saint-Joseph 1988

Camus Albert : Actuelles III, Gallimard 1958

Carret Jacques : Différents aspects de l’Islam Algérien, Alger 1959

Challiand et Minces : L’Algérie indépendante Ed Maspéro 1972

Charles Raymond : L’âme musulmane, Flammarion 1958

Coran : La Pléiade 1967, 1986

De Nantes (Abbé) : Ordre Français n° 55, 1961

Lettre à mes amis 158, 185, 197, 209, 214 (1963 à 1965)

Dermenghem Emile : La vie de Mahomet, Plon 1929

Desparmet J : Coutumes, institutions, croy. Ed Jules Carbonel 1939

Ferrandi (Capitaine) : 600 jours avec Salan et l’OAS, 1969

Fontaine Pierre : Dossier secret de l’AFN, Les Sept couleurs, 1957

Gaudefroy-Demombyne : Les institutions musulmanes, Flammarion

Goinard Pierre : Algérie, l’œuvre française. Ed  Robert Laffont 1984

Gsell, Marçais et Yver : Histoire de l’Algérie, Boivin et Cie 1929    

Julien Charles-André : l’AFN en marche, Julliard 1972

Lammens (père) : Beyrouth, Coran et tradition 1910

Loiseau Jean : Prêtres perdus, Ed du Fuseau 1965

Martin Claude : l’Algérie française, Ed des 4 Fils Aymon, 1963

Massignon : Annuaire du Monde Musulman, Paris 1925

Noël André : L’islam et la France, bulletin 2056, en 2007

Pélissier Georges : Souvenirs et chroniques d’un chirurgien rapatrié,                   

                        Ed La Copithèque 1999

                       La Kasbah, notre cœur d’Alger Ed La Copithèque 2000

                        Conférence sur : Mon ami, Roger Degueldre, à Sète

Risler J-C : la civilisation arabe, Ed Payot 1955

Rondot Pierre : L’Islam et les musulmans, Ed de l’Orante 1958

Soualah Mohammed : L’Islam Ed Soubiron Alger 1934

Soustelle Jacques : Aimée et souffrante Algérie Ed Plon 1956

Théry (père) : De Moïse à Mohammed, 2 vol, 1955

Tournier Jules : La conquête religieuse de l’Algérie Plon 1930

Veuillot Louis : Les Français en Algérie Ed Mame 1860

 

 

                        

 

 

 

 

                       T

 

Posté par g_pelissier à 22:17 - Permalien [#]